jeudi, 22 juin 2017|

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Se connaître à travers Montaigne

L’ouvrage de Sarah Bakewell sur Montaigne connaît un succès durable dans les pays de langue anglaise. Les Essais y sont exploités comme un guide pour se connaître soi-même, et en tirer des leçons pour vivre mieux. Nous vous en proposons la traduction inédite d’une bonne page, afin de vous donner envie de découvrir l’ouvrage, How to Live : A Life of Montaigne in One Question and Twenty Attempts at an Answer.

« La romancière Virginia Woolf imagina une galerie de portraits, dans laquelle les gens pourraient découvrir celui de Montaigne. En passant, chacun s’arrêterait devant le tableau, et se pencherait pour scruter un miroir réfléchissant. « Il y a toujours foule devant ce portrait, qui est scruté dans ses profondeurs : chacun découvre son propre visage comme un reflet, et apprend toujours davantage en le regardant, mais sans pouvoir dire exactement ce qu’il a trouvé ». Le visage du portrait et celui du spectateur se fondent en un seul. (…) Montaigne était le plus humain des écrivains, et le plus sociable. S’il vivait à l’ère de la communication de masse sur les réseaux sociaux, il serait surpris de constater l’ampleur qu’a prise cette forme de sociabilité : il ne s’agit plus d’une dizaine, ni même d’une centaine de portraits dans la galerie, mais de millions de personnes qui se réfléchissent mutuellement, sous une multitude d’angles. Hier, comme aujourd’hui, l’effet peut donner le vertige. Un admirateur du XVIe siècle, Tabourot des Accords, déclara que tout lecteur des Essais pouvait croire en être l’auteur. Plus de deux siècles et demi plus tard, l’essayiste Raph Waldo Emerson déclare la même chose, dans une phrase étonnamment semblable. « Il me semblait que j’avais moi-même écrit ce livre, dans quelque vie antérieure ». « Je l’ai si bien fait mien, écrivait le romancier André Gide au XXe siècle, qu’il semble être moi ». Stefan Zweig, l’écrivain autrichien qui fut poussé vers le suicide, après avoir été contraint à l’exil pendant la Seconde Guerre Mondiale, trouva en Montaigne son seul ami vrai : « C’est un « tu » dans lequel mon « je » se reflète ; là, toute distance est abolie ». La page imprimée disparaît pour laisser la place à une personne vivante qui entre dans la pièce. « Quatre siècles ont disparu comme une fumée légère ». Des clients de la librairie en ligne Amazon réagissent avec le même enthousiasme. L’un d’entre eux qualifie les Essais comme étant « non pas tant un livre qu’un compagnon pour la vie », un autre prédit que ce sera « le meilleur ami que vous ayez jamais eu ». Un lecteur garde toujours un exemplaire sur sa table de nuit, mais déplore que le format ne lui permette pas de l’emporter partout avec lui durant la journée. « Lire ce livre est l’affaire d’une vie », déclare un autre. »

On pourra lire le compte-rendu de l’ouvrage dans le New York Times, "Conversation Across Centuries With the Father of All Bloggers", par Patricia Cohen
celui-ci paru dans le Guardian, "How to Live by Sarah Bakewell", par Adam Thorpe, ou encore celui-ci, par Nicholas Lezard.

How to Live : A Life of Montaigne in One Question and Twenty Attempts at an Answer
by Sarah Bakewell, Chatto & Windus, 2010.