mardi, 26 septembre 2017|

2 visiteurs en ce moment

 

article signalé dans les Moreana

Olivier Millet, Professeur à Paris-Sorbonne et Président honoraire de la SIAM, publie un article sur la tyrannie et la liberté de conscience dans la revue internationale Moreana. Nous en donnons ici l’introduction.

Rares sont, dans la chrétienté du 16e siècle, les esprits et les voix qui ont plaidé en faveur de la liberté de conscience, une idée qui ne devint une valeur, avant de devenir une norme, qu’au cours des siècles suivants [1]. Mais les crises du 16e siècle ont permis dans ce domaine l’émergence de conceptions nouvelles, dont Sébastien Castellion et Montaigne sont les témoins, chacun à sa façon. Or ces évolutions s’effectuent dans un contexte politico-religieux, celui de la crise religieuse de la Réforme protestante puis des guerres de religion, qui est en lien avec la question de la tyrannie. C’est parce qu’elle correspond à un exercice tyrannique de l’autorité politique et religieuse que l’intolérance commence alors à apparaître comme problématique ou même détestable. Ce type d’argumentation et cette prise de conscience ne vont pas de soi, même si elles avaient été indirectement préparées par une longue tradition juridique, philosophique et théologique [2]. Nous voudrions établir sur ce sujet un parallèle entre l’humaniste protestant Castellion, qui fut le premier véritable promoteur moderne de la tolérance religieuse [3], et Montaigne [4], l’essayiste catholique à la fois conservateur et soucieux de sauver dans le royaume de France la coexistence pacifique des vieux croyants et des adeptes de la Réforme. Chez l’un et chez l’autre, l’idée de la liberté de conscience apparaît dans le cadre d’une réflexion sur les limites à apporter à un exercice tyrannique du pouvoir (Castellion) ou à un comportement de type tyrannique face au pouvoir légitime (Montaigne). Même si les orientations que suivent ces deux penseurs sur ces questions sont différentes, leurs divergences n’excluent pas une influence possible du premier sur le second et, dans le fond, une communauté d’intention. Nous commencerons par la façon dont Castellion lie le problème de la liberté de conscience à la question de la tyrannie avant d’envisager ensuite pour lui-même le cas de Montaigne, pour tracer enfin un parallèle plus systématique entre les deux penseurs dans le contexte politique où ils interviennent.

Lire la suite dans Olivier Millet, "Liberté de conscience et tyrannie :
à propos de la référence à Sébastien Castellion et de la mention du respect de la conscience erronée dans Les Essais de Montaigne",
Moreana, vol. 50, 191-192, 1-30.


[1Voir l’ouvrage classique de Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, Paris, Albin Michel, Paris (1955) 1994

[2Voir Mario Turchetti, Tyrannie et tyrannicide de l’Antiquité à nos jours, Paris, P.U.F., 2001

[3Voir sur lui, outre l’ouvrage fondamental de Ferdinand Buisson, Sébastien Castellion. Sa vie et son œuvre, (Paris, 1892), éd. et introd. par Max Engammare, avec une préface de Jacques Roubaud, Genève, Droz, 2010, celui de Hans Rudolf Guggisberg, Sebastian Castellio im Urteil seiner Nachwelt vom Späthumanismus bis zur Aufklärung, Bâle et Stuttgart, Helbing et Lichtenhahn, 1956 et du même, Sebastian Castellio 1515-1563. Humanist and Defender of Religious Toleration in a Confessional Age, trad. angl. de Bruce Gordon, Aldershot, Ashgate (“Saint Andrews Studies in Reformation History”), 2003 (trad. de l’édition allemande de Göttingen, 1997), ainsi que Sébastien Castellion : des Écritures à l’écriture. Actes du colloque international de l’Université de Paris Ouest, 15-16 avril 2010, éd. Marie-Christine Gomez-Géraud, Genève, Droz, 2012. Sur la question de la liberté de conscience en particulier, voir l’introduction de Maria d’Arienzo à sa traduction italienne du De haereticis a civili magistratu non puniendis, La Libertà di coscienza nel pensiero di Sébastien Castellion, Turin, G. Giappichelli, 2008, et surtout Stefania Salvadori, Sebastiano Castellione e la ragione della toleranza. L’Ars dubitandi fra conoscenza umana e veritas divina, Milano-Udine, Mimesis Edizioni, 2009, qui étudie de manière systématique les fondements épistémologiques des positions de Castellion

[4Voir le parallèle établi par M. Valkoff entre Castellion, Montaigne et Michel de L’Hospital, « Sébastien Castellion et l’idée de tolérance au XVIe siècle », dans Castelloniana. Quatre études sur Sébastien Castellion et l’idée de tolérance, Leyde, Brill, 1951, p.80-100