jeudi, 30 mars 2017|

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Sur les manchettes de La Mesnagerie

Paul Bonnefon écrit dans son La Boétie (1892) : « La rédaction des manchettes du petit volume de La Boétie [La Mesnagerie de Xénophon] paraît (…) devoir être attribuée à Montaigne, qui composa sans doute ces manchettes en même temps qu’il divisait en chapitres la traduction de son ami. Ces manchettes offrent, en effet, une grande analogie avec les notes marginales que Montaigne écrivait sur ses volumes et, en particulier, avec celles qu’on lit sur l’exemplaire des Commentaires de César, dont il faisait sa lecture habituelle. »

C’est vrai, mais il faut remarquer qu’entre la rédaction des manchettes du Xénophon (soit avant 1571) et celle des manchettes du César, Montaigne s’est progressivement émancipé des Anciens qu’il lisait : nous n’avons pas trouvé en marge du Xénophon une seule annotation sous forme de commentaire ou d’affirmation subjective, alors qu’en marge du César on en relève quelques-unes.

Pour l’essentiel, les manchettes de la Mesnagerie forment une simple répétition du texte de Xénophon et à peine peut-on y relever une prédilection pour quelques traits afférents à la différence des sexes (« Que bien user des femmes sert beaucoup en mesnage ».) dans le droit fil de la traduction de La Boétie (« Encore te monstreray ie, si ie veux, les uns usans si bien de leurs femmes, qu’ils ont d’elles secours & compagnie, pour faire d’un accort la maison meilleure ;) ; ou encore « Qui a plus de part au bien, le mary ou la femme. » pour : « Car le plus souvent les biens entrent en la maison par le faict du mary, & communement la mise se faict & se gouverne par la conduite de la femmes. » ; ou encore : « La femme bien apprinse met bon ordre en la maison. » pour : « […] si ie demeure guieres dans la maison, certes non : car tout ce qui est dedans, ma femme est bien fort suffisante pour y mettre ordre. »

Ainsi Montaigne annote-t-il avant 1571 en limitant sa lecture à une simple reprise du texte qu’il lit et répète en en marquant les traits saillants ; nous sommes encore loin de quelques marginalia du César : « subtilité de Cesar pour échapper à Pompeius qui le suivait » quelques dix ans plus tard, bien que le principe de lecture reste le même comme l’a écrit Bonnefon : le terme de « sommaires » convient parfaitement pour ces notes qui sont comme une psalmodie du texte antique.

André Gallet
Poitiers, Forell EA 3816