samedi, 23 septembre 2017|

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Montaigne en hors-série

Cet été, Philosophie Magazine publie un hors-série consacré à Montaigne. Le magazine a sollicité quelques plumes connues, tels Michel Serres, André Comte-Sponville ou Raphaël Enthoven. La collaboration de Philosophie Magazine avec Philippe Desan, Vice-Président de la SIAM, confère à ce volume grand public le sérieux historique nécessaire.

On pourra consulter ici le sommaire du hors-série consacré à Montaigne.

Dès les premières pages de ce hors-série, André Comte-Sponville voit dans Les Essais plus qu’un jalon de l’histoire de la philosophie : "Quand la Révélation cesse d’être une évidence, quand les dogmes vacillent, quand la théologie ne gouverne plus la pensée, que reste-t-il ? Il reste le doute, l’incertitude, l’ignorance : il reste l’esprit humain, solitaire et fragile. La grande affaire, dans les siècles suivants, sera d’échapper au scepticisme" (p. 16). Lecteur du Journal de voyage en Italie, Jacques Darriulat présente un homme cultivé, "Suisse avec les Suisses, Allemand avec les Allemands, successivement Vénitien, Romain, Florentin, Lucquois en Italie, toujours chez lui quand il est chez les autres (...) ; parti Périgourdin, Montaigne revient chez lui citoyen du monde" (p. 35), le voyage lui ayant permis de vérifier en pratique ce qu’il était déjà en imagination, à l’instar de Socrate (I, 26). Savourant la langue des Essais, qui contient des mots encore usités par son grand-père Michel Serres voit en Montaigne "un ancêtre de chez moi" (p. 50). Sarah Bakewell, qui a livré sur ce site un témoigne original de sa rencontre avec Montaigne, souligne l’audace de Marie de Gournay, qui devint la "fille d’alliance" de l’écrivain et son éditrice (p. 62). S’interrogeant sur l’écriture montanienne, Antoine Compagnon la caractérise comme une discipline de vie, une ascèse qui rapproche l’auteur des Essais des grands écrivains antiques (p. 80). Montaigne a réhabilité les Cannibales du Brésil, rappelle Frédéric Brahami, en montrant que leur cannibalisme exprime la vengeance à l’égard de l’ennemi ; cela n’empêche nullement de dire que cette forme de cannibalisme est cruelle et barbare, contredisant ainsi le relativisme qu’on lui prête (p. 99). Dans un esprit tout stoïcien, même s’il choisit de faire référence aux sentences de la librairie tirées du livre de l’Ecclésiaste, Frédéric Schiffter écrit : "ce n’est pas en philosophant qu’on apprend à mourir, mais en mourant à tout instant qu’on apprend à philosopher" (p. 132). Pierre Manent, qui a signé récemment un Montaigne. La vie sans loi, remet en cause les autorités spirituelles, tout comme les vies exemplaires, et met en avant sa propre vie, qui n’est pas édifiante, mais "excusable" (p. 117).